Une classe ouvre, une classe ferme, et tout le reste suit. Votre temps de décharge, votre indemnité de direction, vos bonifications d'indice : ces trois éléments ne dépendent que d'un seul chiffre, le nombre de classes de votre école. Quand ce chiffre bouge, ils sont recalculés à la rentrée concernée. Voici, dans les deux sens, ce que change concrètement une classe en plus ou une classe en moins.
Trois éléments de votre situation de directeur sont indexés sur le nombre de classes de l'école, et sur lui seul : la décharge de direction, fixée par le décret n° 2022-541 du 13 avril 2022, l'indemnité de sujétions spéciales dite ISS de direction, fixée par l'arrêté du 12 septembre 2008 revalorisé le 19 juillet 2023, et la bonification indiciaire liée à votre fonction. Une ouverture fait monter l'école d'une tranche, une fermeture la fait descendre. Les barèmes étant communs aux écoles maternelles, élémentaires et primaires depuis la rentrée 2022, le raisonnement vaut quel que soit votre type d'école.
D'abord, l'école se réorganise
Avant d'être une affaire de barèmes, une classe qui change, c'est une affaire d'équipe et d'élèves. C'est ce qui se passe en premier, et c'est ce qui vous occupe vraiment les premières semaines.
Quand une classe ouvre, un poste d'adjoint est créé et un collègue arrive. Le moment où l'ouverture est décidée change votre façon de la préparer. Si elle est actée dès la carte scolaire, au printemps, vous l'intégrez d'emblée à la répartition que vous construisez pour la rentrée. Si elle n'est confirmée qu'au comptage de septembre, vous reprenez une répartition déjà en place. Dans les deux cas, vous répartissez les élèves entre les classes et les groupes après consultation du conseil des maîtres, et c'est souvent l'occasion d'alléger des classes chargées ou de défaire un double-niveau devenu trop lourd.
Vous accueillez ensuite la personne nommée, vous l'intégrez à l'équipe et au fonctionnement de l'école, et vous informez le conseil d'école de la nouvelle structure.
Quand une classe ferme, c'est l'inverse, et c'est plus délicat à porter. La fermeture est une mesure de carte scolaire qui supprime un poste. Un point mérite d'être posé clairement : c'est un poste d'adjoint qui ferme, pas le vôtre. Vous restez en poste comme directeur. Le départ touche en principe le dernier enseignant nommé à titre définitif sur un poste de même nature dans l'école, à moins qu'un collègue plus ancien ne se porte volontaire à sa place. Le collègue concerné par la mesure bénéficie d'une bonification de points pour retrouver une affectation, priorité qu'il conserve d'année en année jusqu'à obtenir un poste définitif. Au-delà de la règle, c'est un moment d'équipe : la personne qui part, celles qui restent et reprennent une répartition souvent alourdie de doubles-niveaux, des effectifs qui remontent dans chaque classe.
Dans les deux cas, la répartition se construit avec quelques repères stables : le plafond de 24 élèves en grande section, CP et CE1 hors éducation prioritaire, les élèves accompagnés d'un projet personnalisé de scolarisation, les arrivées et départs prévisibles. Le réseau d'aides, le RASED, ne compte pas comme une classe de l'école et n'est ni créé ni supprimé par une mesure de carte scolaire ; ses modalités d'intervention sont arrêtées par l'inspecteur de circonscription, mais le contexte dans lequel il intervient change avec les effectifs.
Votre temps de décharge
C'est l'effet le plus visible sur votre quotidien. La décharge de direction dépend uniquement du nombre de classes, selon le barème suivant, en vigueur depuis la rentrée 2022 et commun à tous les types d'école.
| Nombre de classes | Décharge de direction |
|---|---|
| 1 classe | 6 jours fractionnables sur l'année |
| 2 ou 3 classes | 12 jours fractionnables sur l'année |
| 4 ou 5 classes | un quart de décharge |
| 6 à 8 classes | un tiers de décharge |
| 9 à 11 classes | une demi-décharge |
| 12 classes et plus | décharge totale |
Les seuils qui font basculer d'une tranche à la suivante sont la 4e classe, qui fait passer des jours fractionnés à un quart de décharge régulier, la 6e qui mène au tiers, la 9e à la demi-décharge, et la 12e à la décharge totale, c'est-à-dire un directeur entièrement déchargé de classe. Une ouverture vous fait franchir le seuil vers le haut, une fermeture vous fait redescendre, avec le même barème dans les deux sens.
Un point utile si votre école comporte une ou plusieurs unités localisées pour l'inclusion scolaire : une ULIS compte pour une classe dans ce calcul. Et une école d'au moins 5 classes qui compte au moins 3 ULIS ouvre droit à une décharge totale. Au-delà du barème national, le directeur académique peut accorder une majoration de décharge selon les conditions d'exercice locales : cette possibilité existe, mais elle n'est pas barémée et varie d'un département à l'autre.
Votre indemnité de direction
L'indemnité de sujétions spéciales de direction se compose d'une part principale, identique pour toutes les écoles, et d'une part variable qui dépend du nombre de classes. Voici les taux de base annuels en vigueur.
| Nombre de classes | ISS de direction, taux de base annuel |
|---|---|
| 1 à 3 classes | 2 970,62 € |
| 4 à 9 classes | 3 370,62 € |
| 10 classes et plus | 3 770,62 € |
Ici, les seuils ne sont pas les mêmes que pour la décharge. L'indemnité change à la 4e classe, où elle passe de 2 970,62 à 3 370,62 € par an, soit 400 € de plus, puis à la 10e classe, où elle atteint 3 770,62 € par an, encore 400 € de plus. Entre ces deux marches, ouvrir ou fermer une classe ne touche pas votre indemnité. En éducation prioritaire, ces taux sont majorés de 20 % en REP et de 50 % en REP+. Ces montants résultent de la revalorisation du 19 juillet 2023, qui a doublé la part variable de l'indemnité ; ce sont des montants forfaitaires en euros, qui ne suivent donc pas la valeur du point d'indice.
Vos bonifications d'indice
Deux bonifications se cumulent sur votre bulletin de paie, et il faut les distinguer car elles ne fonctionnent pas pareil.
La bonification indiciaire liée à votre fonction de directeur varie selon le nombre de classes : 3 points pour une école à classe unique, 16 points de 2 à 4 classes, 30 points de 5 à 9 classes, 40 points à partir de 10 classes. Ces points s'ajoutent à l'indice de votre échelon.
| Nombre de classes | Bonification indiciaire (BI) |
|---|---|
| 1 classe | 3 points |
| 2 à 4 classes | 16 points |
| 5 à 9 classes | 30 points |
| 10 classes et plus | 40 points |
La nouvelle bonification indiciaire, la NBI, est de 8 points, identique pour tout directeur quel que soit le nombre de classes. Elle ne bouge donc pas pour vous quand une classe ouvre ou ferme. Pour convertir ces points en euros, la valeur du point d'indice est de 4,92278 € bruts par mois, gelée depuis juillet 2023. Une bonification de 16 points représente ainsi de l'ordre de 79 € bruts par mois, et 40 points environ 197 €.
Là encore, les seuils sont propres à cette bonification : la marche se situe à la 2e classe, à la 5e et à la 10e. Passer de 4 à 5 classes, par exemple, ne change rien à votre décharge ni à votre indemnité, mais fait progresser votre bonification de 16 à 30 points.
Au total, combien par mois ?
Mises bout à bout, ces trois lignes forment un complément mensuel qui suit la taille de l'école. Il va de l'ordre de 300 € bruts par mois dans une école à classe unique à environ 550 € à partir de dix classes. Une fois les prélèvements déduits, pension civile sur la part indiciaire, retraite additionnelle (RAFP) sur l'indemnité, CSG et CRDS, cela représente de l'ordre de 255 à 456 € nets selon votre situation. L'infographie de cet article détaille ce total, brut et net estimé, pour chaque nombre de classes.
Les trois leviers ne basculent pas ensemble
C'est le point le plus contre-intuitif, et le plus utile à garder en tête : décharge, indemnité et bonification ne changent pas aux mêmes seuils. Une même classe ajoutée ou retirée peut tout déplacer sur l'un et rien sur les deux autres.
Trois exemples concrets, dans le sens de l'ouverture, le sens inverse étant symétrique. Passer de 3 à 4 classes fait basculer la décharge de 12 jours fractionnés à un quart de décharge et augmente l'indemnité de 400 € par an, mais laisse la bonification inchangée. Passer de 4 à 5 classes ne touche ni la décharge ni l'indemnité, mais fait progresser la bonification de 16 à 30 points. Passer de 11 à 12 classes ouvre la décharge totale, le saut le plus visible sur votre temps, sans rien changer à l'indemnité ni à la bonification. Connaître la position exacte de votre école par rapport à chacun de ces seuils permet de savoir, avant la rentrée, ce qu'une classe de plus ou de moins déplacera vraiment pour vous.
Quand le nombre de classes est-il vraiment arrêté ?
L'ouverture ou la fermeture d'une classe est une mesure de carte scolaire qui relève de l'État. Le directeur académique arrête la carte scolaire du département, en général en février, après examen en comité social d'administration départemental puis en conseil départemental de l'éducation nationale. Les prévisions d'effectifs se préparent dès l'automne.
Mais la carte arrêtée au printemps n'est pas toujours le dernier mot. Des ajustements interviennent à la rentrée, au vu des effectifs réellement constatés : ce sont les ouvertures et fermetures de dernière minute, et les classes annoncées comme à confirmer au comptage de septembre. Comme votre décharge, votre indemnité et votre bonification sont indexées sur le nombre de classes effectivement ouvert, c'est ce comptage de rentrée qui fige votre situation pour l'année.
Une classe qui ouvre ou qui ferme commence toujours par une réorganisation de l'école, une répartition à reprendre, un collègue à accueillir ou un départ à accompagner. Vient ensuite, mécaniquement, l'ajustement de votre situation personnelle. Décharge, indemnité et bonification d'indice suivent le nombre de classes, chacune avec ses propres seuils, et c'est le nombre de classes constaté à la rentrée qui les détermine pour l'année. Repérer où se situe votre école sur ces trois échelles, c'est savoir à l'avance ce qu'une classe de plus ou de moins changera pour vous.
Sources
Textes officiels primaires
- Décret n° 2022-541 du 13 avril 2022 relatif aux décharges de direction (Légifrance)
- Arrêté du 12 septembre 2008 modifié fixant les taux de l'ISS de direction, version en vigueur (Légifrance)
- Arrêté du 19 juillet 2023 portant revalorisation de l'ISS de direction (Légifrance)
- Décret n° 91-1229 du 6 décembre 1991 instituant la NBI à l'éducation nationale (Légifrance)
- Réponse ministérielle, Sénat, question écrite n° 03068, 12 juin 2025 (régime des décharges)
Ressources institutionnelles et professionnelles
- IH2EF, « Décharges de service des directeurs d'école »
- Ministère de l'Éducation nationale, « Qui décide d'ouvrir ou de fermer des classes ? »
- SE-UNSA, « Indemnité de direction (ISS) », taux base, REP et REP+
- SGEN-CFDT, « Indemnités et bonifications de direction d'école »
- SE-UNSA, « Les bonifications d'indice BI et NBI »
- FSU-SNUipp, « En cas de fermeture d'un poste dans l'école »
Avertissement
Trois zones appellent la prudence. La majoration de décharge accordée par le directeur académique selon les conditions locales existe dans les textes, mais ses critères et son ampleur ne sont pas barémés au niveau national et varient d'un département à l'autre. Le nombre de points de bonification dont bénéficie un collègue touché par une fermeture, ainsi que leur zonage, sont fixés département par département : renseignez-vous auprès de votre DSDEN pour les valeurs applicables chez vous. Enfin, la Ville de Paris a appliqué un régime de décharge dérogatoire, distinct du barème national présenté ici et placé sous moratoire pour l'année scolaire 2025-2026 ; ce cas particulier ne modifie pas le régime de droit commun décrit dans cet article.
Ce blog est édité par Direkol. Les propos publiés ici n'engagent ni l'Éducation Nationale ni l'établissement où le fondateur exerce sa fonction de direction. Direkol n'est pas un outil officiel.
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