Le Conseil d'analyse économique a publié le 3 septembre un plan chiffré pour relever le niveau scolaire : quatre milliards d'euros par an, financés par la baisse du nombre d'élèves. Voici ce que la note propose pour le premier degré et pour la direction d'école, et ce que ce document engage.

CONSEIL D'ANALYSE ÉCONOMIQUE · NOTE N° 93 Un plan pour l'école : ce qui vise le primaire Ce que la note propose, mesure par mesure, et ce qu'elle engage. PUBLIÉE LE 3 SEPT. 2026 Aucune portée normative i Cette note n'engage que ses auteurs, pas le gouvernement. Rien n'y est applicable dans votre école, et aucune loi de programmation pour l'éducation n'est déposée à ce jour. 01 Le constat que la note établit 4 REPÈRES 483 Infographie complète en bas de page

Le Conseil d'analyse économique est placé auprès du Premier ministre. Ses travaux sont publiés sous la signature et la seule responsabilité de leurs auteurs, et n'engagent ni le gouvernement ni les administrations économiques représentées au conseil1. Autrement dit, cette note ne crée aucune obligation, ne modifie aucun texte, et rien n'y est applicable dans votre école. Aucune loi de programmation pour l'éducation n'est déposée à ce jour2.

Ce qu'elle est, en revanche : un chiffrage détaillé, mesure par mesure, de ce que coûterait un plan de redressement du niveau scolaire et de ce qu'on peut en attendre. La note chiffre l'ensemble des mesures qu'elle juge prioritaires à environ quatre milliards d'euros par an, et sa troisième recommandation demande de les mobiliser3.

Le constat dont la note part

La note ouvre sur une baisse du niveau des élèves depuis les années 1990, particulièrement marquée en mathématiques, et sur de fortes inégalités sociales et territoriales.

Le dernier chiffre est celui de la DEPP, qui note par ailleurs que le score français est resté stable entre 2019 et 2023, mais que les écarts entre élèves se sont accrus, et que 3 % des élèves français atteignent le niveau avancé contre 11 % à l'international4.

La note s'appuie ensuite sur les pays qui ont redressé leur trajectoire en une dizaine d'années, l'Angleterre, le Portugal, la Pologne et l'État du Mississippi, pour en tirer cinq leviers récurrents : un objectif simple traduit en attentes précises par matière et par niveau, des approches pédagogiques standardisées au primaire, une formation et un accompagnement renforcés des enseignants, une mesure régulière des résultats, et des dispositifs de tutorat ciblés5.

L'objectif proposé, et pourquoi il se joue au primaire

Les deux premières recommandations fixent une cible : une progression de 0,6 écart-type à la fin du collège en dix ans, soit plus d'une année d'apprentissage, et deux objectifs d'équité, diviser par deux la part d'élèves sous le seuil minimal de compétences et ramener les inégalités liées au niveau socioprofessionnel des parents à la moyenne de l'OCDE6.

La note précise la logique de cohorte qui en découle, et c'est elle qui explique pourquoi l'essentiel des mesures vise le primaire : si chaque cohorte gagne 0,06 écart-type par rapport à la précédente à chaque niveau scolaire, CP, CE1 et ainsi de suite, l'effet cumulatif atteint 0,6 au bout de dix ans de scolarité. Il ne s'agit pas d'un plan instantané, écrivent les auteurs, mais d'une transformation graduelle et cumulative, cohorte par cohorte7.

La formation continue, le levier le plus développé du plan

C'est le levier auquel la note consacre le plus de place, et celui où elle décrit l'écart le plus large avec les autres pays.

Elle rappelle que dans le premier degré, dix-huit heures annuelles sont théoriquement consacrées à la formation continue, et avance, pour le collège cette fois, qu'un enseignant français y suit 3,5 jours de formation par an contre 8 en moyenne dans l'OCDE. Elle relève aussi que 35 % des enseignants français estiment que les formations suivies au cours des douze derniers mois ont eu un impact positif sur leur pratique, contre 55 % en moyenne dans l'OCDE8.

Ces dix-huit heures sont l'une des quatre enveloppes réglementaires de vos 108 heures, avec les 36 heures d'APC, les 48 heures de travaux en équipe et de relations avec les parents, et les 6 heures de conseils d'école9.

Ce que la note propose sur ce poste : porter progressivement la formation continue à 80 heures annuelles, ciblées en mathématiques et en lecture, et la compléter par un accompagnement de terrain. Elle avance sur ce point que le dispositif de conseillers pédagogiques de circonscription a une couverture d'un pour cent enseignants, et que 17 % des enseignants débutants déclarent bénéficier d'un mentor attitré contre 26 % en moyenne dans l'OCDE. La recommandation qui en découle demande de faire du développement professionnel intensif un élément normal du métier enseignant, et de mettre l'accent sur l'accès des débutants à un mentorat structuré10.

Le tutorat, les ressources, les évaluations

Trois autres mesures visent directement les classes du primaire.

Le tutorat. La note propose un tutorat en petits groupes de deux à quatre élèves, assuré par des paraprofessionnels formés, déclenché par les évaluations diagnostiques, pour 10 à 15 % des élèves du CP au CM2. Elle décrit les dispositifs français existants, aide aux devoirs, programmes personnalisés de réussite éducative, enseignants spécialisés du RASED, groupes de besoins, et estime que leur efficacité est limitée par la taille des groupes, qui limite la personnalisation, et par le nombre d'enseignants formés à ces dispositifs.

Les ressources pédagogiques. La note propose une labellisation des manuels fondée sur des critères pédagogiques, accompagnée de guides et de fiches de cours. Elle relève l'absence de mécanisme de certification en France et l'hétérogénéité des pratiques et des contenus qui en résulte.

Les évaluations. La note qualifie le maillage français d'acquis à valoriser. Ce qu'elle propose porte sur leur usage : une restitution en moins d'un mois, et des protocoles d'intervention automatiques sous seuil, c'est-à-dire un soutien déclenché par le résultat plutôt que laissé à l'appréciation de chacun11.

Trois mesures complémentaires visent aussi le primaire : des outils numériques adaptatifs en mathématiques avec distribution de matériel en CP pour les élèves défavorisés, un stage d'été d'un mois pour 10 % des élèves, et l'extension de la mallette des parents en éducation prioritaire12.

La taille des classes, et comment le plan se finance

La note présente la réduction de la taille des classes comme n'étant pas un levier majeur des redressements observés à l'étranger, et la recommande néanmoins pour ramener la moyenne du primaire à 19 élèves par classe, la moyenne européenne. Elle en donne trois raisons : les effets positifs sont documentés pour le primaire, la baisse démographique se produit de façon inégale sur le territoire et un rééquilibrage évite le creusement des disparités, et la mesure est celle qui recueille la plus forte adhésion des enseignants13.

C'est le coût annuel le plus élevé du plan pour le primaire, 1,9 milliard d'euros.

Le financement proposé tient en un terme : le dividende démographique. D'ici 2035, le nombre d'élèves d'école et de collège devrait diminuer d'environ 15 %. À nombre d'élèves par classe inchangé, cette baisse dégagerait au moins 5 milliards d'euros d'économies par an à horizon 2035. La note propose d'affecter ces marges au plan plutôt que de les laisser se traduire en réduction de moyens14.

Ce que la note dit de la direction d'école

Sa dernière recommandation porte sur l'organisation, et c'est celle qui vous concerne le plus directement.

Les auteurs estiment qu'un budget de l'ordre de 500 millions d'euros serait nécessaire pour développer pleinement cette mission, en investissant dans la formation, l'accompagnement et les moyens des personnels de direction. Ils décrivent une évolution de la culture de l'évaluation, où les données de la DEPP et de l'évaluation d'école serviraient de diagnostic partagé pour cibler l'accompagnement et les ressources, plutôt que d'instrument de classement, en citant les guides méthodologiques développés par l'inspection anglaise pour aider les équipes de direction à construire des plans d'amélioration à partir des résultats15.

Deux autres recommandations ne visent pas la fonction de direction elle-même, mais le travail collectif qu'elle organise : un budget de 60 millions par an pour l'exploitation des résultats de la recherche et des évaluations sous forme de synthèses accessibles et de ressources pédagogiques, et 50 millions par an d'appels à manifestation d'intérêt pour financer des expérimentations portées par les équipes pédagogiques ou les établissements, avec évaluation indépendante16.

L'adhésion des enseignants, telle que la note la mesure

La note s'appuie sur un sondage qu'elle a conduit en juillet 2026 auprès d'un échantillon qu'elle présente comme représentatif, 800 enseignants de l'élémentaire et du collège. Sur les mesures, elle donne 93 % d'accord avec la réduction de la taille des classes en primaire, 83 % avec le tutorat, 81 % avec la formation continue et l'accompagnement pédagogique, 74 % avec l'amélioration des ressources pédagogiques, et 48 % avec l'usage des évaluations comme outil de pilotage. Sur l'organisation, 85 % avec le principe d'une loi de programmation décennale, 77 % avec le recours à des appels à manifestation d'intérêt, 73 % avec l'évolution de l'inspection vers l'accompagnement, 72 % avec davantage de temps de travail collectif entre enseignants, et 63 % avec le renforcement du rôle d'animation pédagogique du directeur d'école ou du chef d'établissement17.

Ces résultats doivent être lus avec une réserve que la note pose elle-même : ils sont annoncés dans une publication à paraître, et la méthodologie du sondage n'est donc pas encore publique à la date de cet article.

Ce qui se passe ensuite

Rien d'automatique. Une note du Conseil d'analyse économique alimente le débat public et la préparation budgétaire, elle ne déclenche aucune procédure. La quatrième recommandation appelle à l'adoption d'une loi de programmation décennale qui fixerait les objectifs, les indicateurs de suivi et le financement pluriannuel des mesures : aucun texte de cette nature n'est déposé à ce jour2.

Sources

Le document commenté

Sources officielles pour les chiffres repris

Avertissement

Cet article rapporte le contenu d'une note publiée le 3 septembre 2026. Les chiffres qui lui sont attribués sont ceux qu'elle avance ; ceux qui ont pu être recoupés à une source publique portent la référence de cette source en note. Les résultats du sondage cité par la note proviennent d'une publication qui n'est pas encore parue.

CONSEIL D'ANALYSE ÉCONOMIQUE · NOTE N° 93 Un plan pour l'école : ce qui vise le primaire Ce que la note propose, mesure par mesure, et ce qu'elle engage. PUBLIÉE LE 3 SEPT. 2026 Aucune portée normative i Cette note n'engage que ses auteurs, pas le gouvernement. Rien n'y est applicable dans votre école, et aucune loi de programmation pour l'éducation n'est déposée à ce jour. 01 Le constat que la note établit 4 REPÈRES 483 points en maths en fin de collège en 2019, contre 530 en 1995 (TIMSS) 12 % d'élèves sous le seuil minimal en 2019, contre 3 % en 1995 (TIMSS) 29 % d'élèves sous le seuil en 2018, contre 17 % en 2003 (PISA) 479 points en 4e en 2023, pour une moyenne internationale de 507 (DEPP) 02 Les mesures chiffrées qui visent le primaire ENVIRON 4 Md€ PAR AN MESURE EFFET EN 3e COÛT ANNUEL Formation continue portée à 80 h par an, ciblée maths et lecture + 0,23 715 M€ Réseau de conseillers pédagogiques, 20 h par professeur + 0,16 720 M€ Labellisation des manuels et ressources associées + 0,05 à 0,12 90 M€ Tutorat en groupes de 2 à 4 élèves, du CP au CM2 + 0,07 à 0,11 240 à 360 M€ Taille moyenne des classes ramenée à 19 élèves + 0,035 1,9 Md€ Évaluations transformées en outil de pilotage continu non chiffré coût faible 03 Ce que la note dit de la direction d'école RECOMMANDATION 8 L'ÉCOLE COMME UNITÉ Ce que la note propose Faire de l'établissement l'unité centrale de mise en œuvre, avec autour de sa direction une équipe d'animation pédagogique chargée du travail collectif. BUDGET ESTIMÉ 500 millions d'euros Le montant que les auteurs estiment nécessaire pour la formation, l'accompagnement et les moyens des personnels de direction. SONDAGE DE JUILLET 2026 63 % d'accord Part des enseignants interrogés favorables au renforcement du rôle d'animation pédagogique du directeur d'école ou du chef d'établissement. Le financement proposé : environ 15 % d'élèves en moins d'ici 2035, soit au moins 5 milliards d'économies par an. AVEC DIREKOL Suivre les 108 heures, enveloppe par enveloppe Les quatre enveloppes réglementaires : 36 h d'APC, 48 h de travaux en équipe, 18 h d'animations et de formation, 6 h de conseils d'école Le décompte se remplit depuis ce qui est posé au calendrier, sans ressaisie Découvrir direkol.fr Source : Conseil d'analyse économique, note n° 93 et Focus n° 139, 3 septembre 2026 · repères TIMSS 2023 : DEPP direkol.fr

Notes

  1. Le Conseil d'analyse économique a été créé par le décret n° 97-766 du 22 juillet 1997. La clause de responsabilité figure sur sa page de présentation et au pied de chacune de ses publications.
  2. Recherche effectuée le 7 septembre 2026 : aucun projet ou proposition de loi de programmation pour l'éducation n'était alors déposé. Le projet de loi de finances pour 2026 est un texte budgétaire annuel, de nature différente.
  3. Note n° 93 du Conseil d'analyse économique, par Clio Dintilhac, Guillaume Houzel et Xavier Jaravel. Les chiffrages détaillés figurent dans le Focus n° 139, publié le même jour.
  4. DEPP, note d'information sur TIMSS 2023 en quatrième. La France y obtient 479 points, sous la moyenne internationale des pays participants de l'UE et de l'OCDE, fixée à 507.
  5. La note détaille ces cinq leviers dans son tableau 2, appliqués au Mississippi, à l'Angleterre et au Portugal.
  6. Recommandations 1 et 2 de la note.
  7. L'échelle TIMSS sert de référence : la note situe le passage de 479 points en 2023 à environ 528, au-dessus de la moyenne internationale actuelle.
  8. Chiffres attribués par la note à l'OCDE, résultats de TALIS 2024. Le rapport « Résultats de TALIS 2024 : Où en est l'enseignement ? » a été publié en octobre 2025.
  9. Article 2 du décret n° 2008-775 du 30 juillet 2008, dans sa rédaction issue du décret n° 2017-444 du 29 mars 2017. Les 18 heures sont consacrées « à des actions de formation continue, pour au moins la moitié d'entre elles, et à de l'animation pédagogique ».
  10. Recommandation 7 de la note. Le ratio d'un conseiller pédagogique pour cent enseignants est avancé par la note sans référence bibliographique.
  11. Ces trois mesures figurent au tableau 3 de la note, avec leur niveau ciblé et leur coût.
  12. Tableau 4 de la note, mesures complémentaires. Les autres mesures de ce tableau, compétences sociocomportementales, internats d'excellence, temps collectifs entre enseignants et fréquence des inspections, visent les niveaux de la 6e à la 3e.
  13. La note renvoie sur ce point au Focus du CAE n° 113 sur l'efficacité économique de la réduction de la taille des classes.
  14. La note qualifie cette estimation de conservatrice : elle ne tient compte que de la réduction du nombre de classes induite par la baisse des effectifs, quand d'autres choix méthodologiques porteraient le dividende à 13 milliards d'euros par an.
  15. Recommandation 8 de la note. L'exemple cité est celui des guides méthodologiques de l'Ofsted, l'inspection anglaise.
  16. Recommandations 5 et 6 de la note.
  17. Sondage conduit en juillet 2026 auprès de 800 enseignants de l'élémentaire et du collège, dont les résultats sont annoncés dans un Focus du CAE à paraître.