Une circulaire publiée au Bulletin Officiel du 28 mai 2026 formalise, pour la première fois, un plan ministériel de gestion des vagues de chaleur. Jusqu'ici, l'Éducation nationale avançait avec des recommandations annuelles sans statut de circulaire. Le texte écrit désormais noir sur blanc qui fait quoi quand la chaleur s'installe : sept fiches, un dispositif d'accueil inédit en cas de fermeture, un recensement des bâtiments les plus exposés. Voici ce que le document apporte, et ce qu'il laisse en suspens.

CIRCULAIRE DU 28 MAI 2026 Ce que le plan chaleur change pour l'école Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur · réf. MENG2614252C direkol.fr CE QUI CHANGE AVANT Des recommandations annuelles, sans statut. MAINTENANT Une circulaire au BO. Public et privé, 1er et 2nd degrés. Risque chaleur au DUERP. Infographie complète en bas de page Voir l'infographie complète Les apports de la circulaire en un coup d'oeil ↓

Direkol publie ici un résumé sourcé du contenu de la circulaire, à partir du texte publié au Bulletin Officiel et du plan qui lui est annexé. L'article ne porte aucune appréciation sur les choix de politique éducative : il documente ce que dit le texte et ce qu'il implique concrètement pour une direction d'école. Le cadre général de la canicule à l'école (qui décide d'une fermeture, droit de retrait, registres de sécurité) a été traité dans un précédent article ; celui-ci se concentre sur ce que le nouveau plan introduit.

Référence officielle

Le plan constitue la déclinaison, pour l'Éducation nationale, du plan national interministériel de gestion des vagues de chaleur mis à jour en 2024. Chaque académie l'adapte à son territoire, avec des seuils spécifiques pour les outre-mer.

Ce que ce plan change

Avant ce texte, les consignes canicule descendaient par une page de recommandations ministérielles actualisée chaque année et par des notes académiques. Elles n'avaient pas le statut d'une circulaire au Bulletin Officiel. Le plan du 28 mai 2026 modifie ce point de départ : il rassemble dans un document unique, adressé aux recteurs et aux DASEN, ce qui relevait jusque-là de recommandations dispersées.

Les apports concrets :

Le plan en sept fiches

Le plan annexé à la circulaire s'organise en sept fiches. Les voici, dans l'ordre du texte.

  1. Adapter le fonctionnement de l'école ou de l'établissement. Aménagement des locaux (ventilateurs, brumisateurs, pièce rafraîchie, lieux de repli) et de l'organisation (horaires, transport scolaire, activités, récréations), décidé avec la collectivité. Aucun seuil réglementaire de température n'existe ; les repères de l'INRS (30 °C en activité sédentaire, 33 °C sans ventilation) sont cités comme indicateurs techniques, pas comme normes juridiques.
  2. Protéger les personnels. Le risque chaleur entre au DUERP, avec une évaluation quotidienne pendant la veille saisonnière selon les niveaux de vigilance de Météo-France. La fiche reprend les obligations issues du décret du 27 mai 2025, applicable aux agents publics.
  3. Assurer la continuité pédagogique. Chaque école doit disposer, dès la rentrée, d'un plan de continuité pédagogique (PCP) actualisé : modalités de contact des familles, outils d'enseignement à distance, solutions pour les élèves sans accès au numérique.
  4. Adapter l'organisation des examens. Salles les plus fraîches, accès à l'eau, vigilance pour les candidats fragiles. Le calendrier des examens étant national, aucune académie ne peut en modifier les dates ou les horaires.
  5. Mettre en place un dispositif d'accueil exceptionnel (DAE) en cas de fermeture. C'est la fiche la plus neuve ; elle est détaillée plus bas.
  6. Recenser la vulnérabilité du bâti. Identification des sites les plus exposés et suivi des aménagements et travaux avec la collectivité propriétaire.
  7. Organiser la veille, l'alerte et le suivi. Quatre niveaux de vigilance (vert, jaune, orange, rouge) déclenchent des remontées d'information graduées vers les services académiques et, aux niveaux les plus élevés, vers une cellule ministérielle de crise.

Le dispositif d'accueil exceptionnel : la principale nouveauté

La fiche 5 crée un dispositif d'accueil exceptionnel (DAE), pensé pour les situations où la chaleur empêche la tenue normale des cours et conduit à fermer un établissement. Le texte prend soin de le distinguer du service minimum d'accueil prévu en cas de grève (articles L. 133-4 et suivants du code de l'éducation) : ce sont deux dispositifs différents.

Le DAE est recommandé dès le premier jour de fermeture totale, et jusqu'au retour à un accueil de tous les élèves. Il vise en priorité les élèves dont les familles n'ont pas de solution de garde et les élèves vulnérables (santé, handicap, projet d'accueil individualisé).

Qui le décide ? Dans le premier degré, la mise en place peut être décidée par la commune ou l'EPCI compétent en matière scolaire, ou par les services académiques. Dans le second degré, par le chef d'établissement, en coordination avec la collectivité de rattachement, le maire et les services académiques. Le DASEN coordonne les modalités en amont, et les critères de priorité sont arrêtés par les services académiques avec les maires, les collectivités et les préfets.

Concrètement, le texte décrit un accueil en effectifs réduits (de l'ordre de quinze élèves en maternelle, vingt en élémentaire, à apprécier selon les conditions), dans des locaux naturellement frais, ventilés ou climatisés, avec un accès permanent à l'eau. Les horaires sont resserrés (accueil renforcé le matin, fin de journée anticipée), les activités calmes (lecture, dessin, jeux, ateliers manuels ; étude surveillée ou travail autonome dans le second degré), et les sorties comme les activités physiques prolongées sont à proscrire. Dans le second degré, l'accueil peut être assuré par des personnels volontaires.

Une précision utile : le DAE ne remplace pas la continuité pédagogique. La fiche 3 indique que les deux sont menés en parallèle. L'accueil d'une partie des élèves n'éteint pas l'obligation de maintenir le lien pédagogique avec les autres.

Le diagnostic du bâti : un recensement annuel daté

La fiche 6 introduit une obligation qui n'existait pas sous cette forme : un recensement annuel des établissements scolaires les plus vulnérables à la chaleur. Une première liste a été établie par la cellule bâti scolaire placée auprès du secrétariat général du ministère, à partir de quatre sources : les écoles à rénover en priorité recensées fin 2023, les sites engagés dans la rénovation énergétique, les écoles retenues en 2025 dans le projet de recherche RACINE, et les établissements touchés par la canicule de l'été 2025.

Ce recensement est ensuite mis à jour chaque année. Les services académiques transmettent leur tableau avant le 1er mars, sur la base des diagnostics conduits par les IEN pour le premier degré et par les chefs d'établissement pour le second. Les facteurs retenus tiennent au bâti (bâtiments anciens mal isolés, toitures métalliques, grandes surfaces vitrées sans stores, absence de ventilation, locaux sous combles, modules préfabriqués) et à l'environnement (îlot de chaleur urbain, cours minéralisées sans ombrage). Dans le premier degré, c'est l'IEN qui évalue, avec la municipalité, la vulnérabilité de chaque école.

Le plan ne crée pas de financement dédié. Il oriente les collectivités, propriétaires des bâtiments, vers des dispositifs existants : le Fonds vert et le programme EduRenov. Le texte exclut explicitement la climatisation des travaux finançables par le Fonds vert, et met en avant les protections solaires, le brassage d'air ou le rafraîchissement par le sol. Le guide « Améliorer le confort thermique des bâtiments scolaires » de 2020 doit être actualisé pour intégrer des critères de vulnérabilité.

Ce que le plan ne tranche pas

Plusieurs points restent en dehors du texte, ou y figurent sans portée contraignante.

Le plan ne fixe aucun seuil de température. La décision d'aménager ou de fermer repose sur une appréciation d'ensemble, pas sur un thermomètre. De nombreuses formulations sont indicatives (« dans la mesure du possible », « il est recommandé », « peut être décidé ») : les fiches valent recommandations et n'ajoutent pas d'obligation réglementaire au-delà de ce qu'imposent déjà le code du travail et le code de l'éducation. Le volet bâti renvoie à des enveloppes existantes, sans budget propre. Enfin, la circulaire paraît le 28 mai, alors que la période de veille commence le 1er juin et que des épisodes de chaleur peuvent survenir avant. Plusieurs organisations professionnelles (UNSA-Éducation, SGEN-CFDT) ont salué la reconnaissance du risque chaleur comme risque professionnel, tout en relevant l'absence de seuil et le caractère non contraignant de certaines mesures.


CIRCULAIRE DU 28 MAI 2026 Ce que le plan chaleur change pour l'école Plan ministériel de gestion des vagues de chaleur · réf. MENG2614252C direkol.fr CE QUI CHANGE AVANT Des recommandations annuelles, sans statut. MAINTENANT Une circulaire au BO. Public et privé, 1er et 2nd degrés. Risque chaleur au DUERP. LE PLAN, EN SEPT FICHES apports signalés NOUVEAU Adapter le fonctionnement Locaux et horaires aménagés avec la collectivité Protéger les personnels Risque chaleur au DUERP, évalué chaque jour NOUVEAU Continuité pédagogique Un plan (PCP) à jour dès la rentrée Organisation des examens Salles fraîches, calendrier national maintenu Accueil exceptionnel (DAE) Accueillir les élèves en cas de fermeture NOUVEAU Vulnérabilité du bâti Recensement annuel des sites exposés NOUVEAU Veille, alerte et suivi Quatre niveaux de vigilance, remontées graduées ZOOM · LE DISPOSITIF D'ACCUEIL EXCEPTIONNEL La grande nouveauté Dès le 1er jour de fermeture totale Priorité aux élèves vulnérables et sans garde Effectifs réduits (~15 mat. / 20 élém.) Locaux frais, horaires et activités adaptés Distinct du service minimum d'accueil Mené avec la continuité pédagogique Qui le déclenche ? 1er degré : commune ou académie · 2nd degré : chef d'établissement. À RETENIR Aucun seuil de température pour fermer l'école 1er juin au 15 septembre veille saisonnière 1er mars recensement du bâti transmis Fonds vert EduRenov inclus, climatisation exclue Circulaire MENG2614252C Décret 2025-482 direkol.fr · Mai 2026

Le plan ministériel de gestion des vagues de chaleur ne bouleverse pas le partage des responsabilités : le maire et le préfet gardent la main sur les fermetures, la collectivité reste propriétaire des bâtiments, et vous continuez d'appliquer les mesures et de faire remonter ce qui dépasse votre périmètre. Ce que le texte apporte, c'est un cadre écrit et commun : sept fiches qui couvrent le fonctionnement, les personnels, la pédagogie, les examens, l'accueil et le bâti, deux nouveautés nettes (le dispositif d'accueil exceptionnel et le recensement annuel des bâtiments exposés), et l'inscription du risque chaleur parmi les risques professionnels. Pour une rentrée, cela tient en deux réflexes concrets : vérifier que le plan de continuité pédagogique de l'école est à jour, et que les mesures d'aménagement sont connues de l'équipe avant le 1er juin.

Sources

Textes officiels primaires

Références de codes citées dans l'article (à retrouver sur Légifrance)

Ressources institutionnelles

Sources professionnelles

Avertissement

Le contenu des sept fiches a été établi à partir du plan annexé à la circulaire ; le texte publié au Bulletin Officiel n° 22 du 28 mai 2026 reste la référence opposable, et sa lecture complète est recommandée pour toute application. Le plan ne fixe aucun seuil de température entraînant la fermeture, et plusieurs de ses mesures sont formulées de manière indicative. Les modalités locales (mise en place du dispositif d'accueil exceptionnel, critères de priorité, décision de fermeture) sont arrêtées au niveau du département et de l'académie, en lien avec les collectivités et les préfectures : renseignez-vous auprès de votre DSDEN pour connaître le protocole applicable dans votre territoire.