Le Bulletin officiel du 21 mai 2026 publie la circulaire MENE2612947C, signée le 19 mai 2026 par la directrice générale de l'enseignement scolaire. Elle abroge la circulaire de 2014 qui faisait jusqu'ici référence et devient le nouveau cadre de la fonction de direction d'école. Pour la formation, pour l'accompagnement, pour l'évaluation. Voici ce qu'elle dit, ce qui change, et ce qui ne bouge pas.

Vous l'avez peut-être déjà vue passer dans un fil syndical ou dans un mail de la circonscription : la nouvelle circulaire métier des directrices et directeurs d'école est parue ce jeudi 21 mai 2026 au Bulletin officiel n° 21. Sa référence est MENE2612947C, sa date de signature est le 19 mai 2026, et elle abroge explicitement la circulaire n° 2014-163 du 1ᵉʳ décembre 2014.

Première chose à savoir : ce n'est pas un décret, ce n'est pas un arrêté, c'est une circulaire. Elle ne crée pas de droit nouveau par elle-même. Elle s'inscrit dans le triptyque que vous connaissez : loi Rilhac du 21 décembre 2021, décret d'application du 14 août 2023 (décret n° 2023-777), et désormais cette circulaire qui en détaille la mise en œuvre quotidienne.

La nouvelle carte du métier en quatre axes

La circulaire structure votre fonction en quatre parties, dans cet ordre :

  1. Pilotage pédagogique (identifier les priorités, mobiliser les personnels).
  2. Responsabilités relatives au fonctionnement de l'école (admission, conseil d'école, règlement intérieur, répartition des moyens, sécurité).
  3. Cohérence des différents temps de l'enfant (relation avec les familles, alliance éducative avec les collectivités et associations).
  4. Participation à la protection de l'enfance.

Cette architecture est elle-même la première nouveauté. La circulaire de 2014 organisait votre métier en trois domaines, et la protection de l'enfance y était diffuse. Elle devient ici un axe à part entière, pour clarifier le rôle d'interlocuteur du conseil départemental que vous tenez de fait depuis longtemps.

Ce qui change par rapport à 2014

Le pilotage par les évaluations

C'est probablement l'inflexion la plus visible. La circulaire indique que « le projet d'école est ajusté aux besoins des élèves objectivés par un travail commun fondé sur l'analyse des principaux résultats de l'école aux évaluations nationales, sur l'ensemble des évaluations menées par l'équipe pédagogique et sur les préconisations de l'évaluation de l'école ».

Concrètement, deux nouveautés se logent dans cette phrase. D'une part, les évaluations nationales deviennent une base structurante du projet d'école, ce qui ne figurait pas en 2014. D'autre part, en présidence de conseil d'école, vous « présentez les principaux résultats de l'école aux évaluations nationales et les grands axes du projet d'école ». La présentation en conseil d'école est explicitement prévue.

L'autorité fonctionnelle nommée pour la répartition des classes

La loi Rilhac (2021) avait posé le principe de l'autorité fonctionnelle. Le décret 2023-777 en a tiré les conséquences réglementaires. La circulaire 2026 prend le relais sur le terrain de l'application : « Au titre de l'autorité fonctionnelle qu'il exerce dans le cadre des missions administratives et organisationnelles qui lui sont confiées, il lui revient d'arrêter cette répartition dont la finalité est le progrès des élèves. »

Autrement dit, la décision finale sur la répartition des classes vous revient, après avis du conseil des maîtres (point que nous reprenons plus bas). Une vigilance particulière est demandée pour les dédoublements en GS, CP et CE1 en éducation prioritaire.

La suspension provisoire d'élève, cinq jours maximum

Élément absent du référentiel de 2014, présent dans celui-ci : « Lorsque le comportement intentionnel et répété d'un élève fait peser un risque caractérisé sur la sécurité ou la santé d'un autre élève de l'école, le directeur d'école, en lien avec les autorités départementales, peut prendre toute mesure pour faire cesser ces comportements, voire suspendre à titre provisoire l'accès de l'élève à l'école pour une durée maximale de cinq jours, conformément au décret du 16 août 2023. »

Le texte de référence est le décret n° 2023-782 du 16 août 2023, qui crée l'article R. 411-11-1 du Code de l'éducation. La mesure existait donc dans le droit positif depuis presque trois ans, mais elle n'apparaissait pas dans le référentiel métier. Elle y figure désormais.

Trois précisions utiles, qui ne sont pas dans la circulaire mais dans le décret d'origine, et qui méritent d'être gardées en tête avant toute activation. D'abord, la suspension est une mesure conservatoire, pas une sanction disciplinaire (la sanction disciplinaire n'existe pas dans le premier degré). Ensuite, le décret prévoit une étape préalable obligatoire : vous réunissez l'équipe éducative et associez les parents de l'élève en cause, en cherchant d'abord toute mesure éducative pour faire cesser le comportement. Enfin, si le comportement persiste après la suspension, c'est le DASEN qui prend le relais et peut demander au maire de réaffecter l'élève dans une autre école de la commune.

Le réflexe « Faits établissement » entériné

La circulaire écrit : « Il effectue un signalement via l'application Faits établissement en cas de faits de violence caractérisée ou de tout fait grave. » Là aussi, vous l'utilisez probablement déjà, mais l'outil de signalement est nommé dans le référentiel, ce qui n'était pas le cas en 2014.

L'évaluation des AED par délégation

Nouveau : « Lorsque l'assistant d'éducation exerce entièrement ou majoritairement ses fonctions dans une école, son évaluation est réalisée par le directeur d'école concerné, par délégation de l'IEN », en application de l'article 1 quater du décret n° 2003-484. Cette délégation n'apparaissait pas dans la précédente version.

Les 108 heures, pleine responsabilité

Formulation très claire : « Les directeurs d'école ont, en lien avec les équipes pédagogiques, la pleine responsabilité de la programmation et de la mise en œuvre des 108 heures dans le respect de la répartition réglementaire et des orientations ministérielles et académiques. » Le mot « pleine responsabilité » n'était pas posé tel quel en 2014.

Le PPMS, désormais élaboré par la DSDEN

Le référentiel acte une bascule organisationnelle : « La direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) élabore le plan particulier de mise en sûreté face aux risques majeurs (PPMS) », après échange avec la collectivité propriétaire et consultation du directeur d'école. En 2014, vous étiez central dans l'élaboration ; vous restez interlocuteur et responsable de la diffusion et des exercices, mais l'élaboration repose désormais sur la DSDEN.

La structure de référence pour la formation et l'évaluation

Dernière nouveauté de fond : la circulaire indique elle-même qu'elle « constitue le nouveau cadre de référence pour la formation, l'accompagnement et l'évaluation des directrices ou directeurs d'école ». La version 2014 comportait une longue annexe-tableau (connaissances, capacités, compétences) qui servait à cette fonction. La version 2026 ne comporte plus cette annexe : c'est le corps narratif du texte qui devient le support direct de la formation et de l'évaluation.

Ce qui reste, et qui ne bouge pas

L'attention naturelle se porte sur les nouveautés, mais plusieurs éléments importants n'évoluent pas, et il est utile de le formaliser pour ne pas suspecter des changements qui n'ont pas eu lieu.

Votre autorité reste fonctionnelle, pas hiérarchique

Le texte de 2026 ne modifie pas la nature de votre autorité. Elle reste fonctionnelle au sens de la loi Rilhac : vous organisez le travail, vous coordonnez, vous avez « autorité sur l'ensemble des personnes intervenant dans l'école » pendant le temps scolaire, mais vous n'êtes pas le supérieur hiérarchique de vos collègues. L'évaluation des enseignants relève toujours de l'IEN.

L'avis du conseil des maîtres avant la répartition des classes

Point souvent commenté en amont de la publication, et clarifié ici. La circulaire écrit : « Après avis du conseil des maîtres, le directeur répartit les élèves en classes et groupes et arrête le service des enseignants nommés dans l'école. » L'avis du conseil des maîtres est maintenu, et explicitement préalable à votre décision.

La procédure d'information préoccupante et de signalement

Le circuit reste celui que vous connaissez : transmission à la présidente ou au président du conseil départemental pour les informations préoccupantes, signalements selon le protocole départemental de protection de l'enfance, articulation avec les personnels sociaux et de santé de l'Éducation nationale et avec l'IEN. Rien ne change ici sur le fond.

Les compétences « structurelles » de votre fonction

Présidence et organisation du conseil d'école, admission et radiation des élèves, certificat de radiation, livret scolaire ou carnet de suivi des apprentissages, règlement intérieur élaboré en référence au règlement type départemental et soumis au vote du conseil d'école, élections des représentants des parents, exercices de sécurité, registre de sécurité : ces compétences restent en l'état.

Les règles de recrutement et d'avancement

La circulaire est un texte d'application, pas un texte statutaire. Elle ne touche pas aux règles d'inscription sur liste d'aptitude, aux conditions de nomination, à la bonification d'ancienneté de trois mois par année de direction, ni à l'indemnité ou au régime de décharge. Tout cela continue d'être régi par le décret 2023-777 et ses textes associés.


Ce qui s'écrit dans une circulaire métier n'épuise jamais le métier. Beaucoup de ce que vous faites au quotidien, écouter un parent inquiet, dénouer une tension avec un collègue, rassurer un enfant qui a peur de venir à l'école le lendemain, ne se trouve pas dans le texte. La circulaire fixe un cadre administratif et organisationnel. Le reste se joue dans la conversation, dans la patience, dans le soin que vous portez à des gestes que rien n'oblige à formaliser. Ce que la circulaire 2026 dit explicitement, en revanche, c'est qu'elle deviendra le support de votre évaluation. À ce titre, il est utile de l'avoir lue une fois en entier, calmement, et d'identifier les passages qui touchent à vos pratiques actuelles.

Sources

Textes officiels primaires

Articles du Code de l'éducation cités par la circulaire

Ressources institutionnelles

Avertissement

Certaines compétences décrites par la circulaire (autorité fonctionnelle, évaluation des AED, présentation des résultats des évaluations nationales en conseil d'école, suspension provisoire d'élève) peuvent faire l'objet d'usages différents selon les circonscriptions à la date de publication. Le présent article décrit le cadre national tel que rédigé par le texte, pas son interprétation locale.